Cela vous est-il arrivé d’oublier un mot en français ? De buter sur une expression ? Ou de l’avoir sur le bout de la langue mais… de vous en souvenir trop tard ?

La mémoire est essentielle à tout apprentissage. Et quand on apprend une langue, la mémorisation est bien évidemment un facteur-clé. On mémorise parfois facilement certaines expressions ou certains mots – sans savoir exactement pourquoi. Le mot nous plaît, on a entendu l’expression dans un contexte particulier et les émotions vécues, l’association du ressenti et du sens l’ont scellé dans notre “RAM” organique.
On peut, a contrario, ne pas être doté d’une “mémoire d’éléphant” et constamment oublier une expression ou une structure de phrase. Par exemple cette phrase “c’est facile de mémoriser” avec une structure “c’est + adjectif + de + verbe à l’infinitif”, ça vous dit quelque chose ? On peut, aussi, répéter constamment les mêmes erreurs, et notamment oublier systématiquement la préposition “de” dans la structure précédemment citée. Dommage.

Notre mémoire nous joue des tours, certes, mais ce n’est pas une fatalité. Vous avez plein d’options pour prendre votre cerveau “en main”, booster votre apprentissage – et votre confiance avec. Cet article étant le premier d’une série, je n’ai pas l’intention de traiter le sujet de la mémorisation en quelques paragraphes. Voici plutôt en guise d’apéritif et d’introduction une synthèse de ce que vous devez absolument savoir et comprendre pour enfin commencer à optimiser votre mémoire en français.

1. Qu’est ce que la mémoire ?

Lorsqu’on parle de “mémoire”, on réfère à des fonctions et à des processus multiples et distincts. Saviez-vous que nous avons cinq types de mémoires majeurs ? La mémoire de travail, la mémoire sémantique et épisodique, la mémoire procédurale et enfin, la mémoire perceptive. Certaines mémoires fonctionnent à court terme (la mémoire de travail), d’autres à long terme (la mémoire sémantique et épisodique), d’autre encore sont reliées aux sens (la mémoire perceptive, émotionnelle).

“Mémoriser”, c’est donc à la fois notre capacité à conserver nos souvenirs au quotidien (ce qui nous paraît évident, au fond) et un processus structuré en 3 fonctions cognitives (moins évidentes, elles) que sont l’encodage, le stockage et la restitution. Mieux connaître ces trois processus vous permet de mettre en place des actions à même de les renforcer.

2. Créez des expériences “mémorables”

Noriko est une étudiante américano-japonaise-péruvienne de niveau B1 qui peut vous parler en français avec précision et conviction de la situation des agriculteurs en France.

Pourquoi ?

Lors d’un stage d’immersion à La Rochelle, nous sommes allées voir le film Au nom de la terre, réalisé par Edouard Bergeon. Ce film raconte le destin courageux et tragique du père du réalisateur, que les politiques économiques ont mené au suicide.
Le film était suivi d’un débat en présence du réalisateur. La salle était comble et les échanges aussi chaleureux que passionnants. Noriko a perçu des mots, des expressions qu’elle ne connaissait pas – je lui en expliquais certains en temps réel – et d’autres qu’elle connaissait parfaitement. Elle a également ressenti les émotions de la salle, celles véhiculées par le film, tout comme les réflexions menées par chaque intervenant du débat.

L’expérience globale lui a permis de créer des associations fortes entre ses ressentis et le vocabulaire qu’elle découvrait, d’encoder efficacement le sens de mots nouveaux et des idées complexes puis de les classer dans une dossier neuronal intitulé “Agriculture” et “Débat en France”. Rien que ça !

L’encodage est en effet la capacité d’acquérir de nouvelles informations en leur donnant du sens et en les catégorisant. C’est la première étape du processus de mémorisation et c’est celle que vous ne voulez pas rater.
Vous comme moi, nous recevons tous un tas d’informations par l’intermédiaire de nos sens – la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat et le goût. Pour les enregistrer, notre cerveau crée du “sens” relatifs à ces informations, souvent par association. Vous l’avez compris, encoder, c’est créer des liens via nos sens et les catégoriser en dossiers et sous-dossiers.

Pour optimiser votre encodage en langue française, plusieurs stratégies de renforcement s’offrent donc à vous, et parmi elles :

  • Utilisez vos émotions : vivez de réelles expériences en français lors d’un prochain voyage, d’un stage d’immersion, d’une rencontre “meet up” ou d’un groupe d’échange linguistique; participez à des ateliers en français sur des thèmes de prédilection (la pâtisserie, l’oeonologie, l’art, l’histoire etc !). Et si cela n’est pas possible dans l’immédiat, soyez attentifs à vos ressentis et utilisez-les pour rendre les mots et expressions inoubliables !
  • Rendez-le personnel et utile : vous encodez mieux ce qui vous intéresse et ce qui vous est utile, c’est évident. Et si vous êtes obligés, pour une raison ou une autre, de vous intéresser à un sujet qui ne vous enthousiaste pas, rendez-le intéressant ! Développez vos réflexions, votre esprit critique en français.
  • Privilégiez l’attention et le focus : l’inattention est le meilleur ami de l’oubli, il est, de fait, votre ennemi. Porter attention et se focaliser, créer un environnement propice à la concentration est à la fois simple (si si) et crucial. Si vous n’êtes pas prêt à faire cet effort, alors faites autre chose, et faites-le pleinement ! Arrêtez de perdre votre temps 🙂
  • Créez des associations : votre cerveau le fait déjà, à vous de renforcer ce processus consciemment. Il vous remerciera ! Associez, par exemple, la préposition “à” au chiffre 1 pour la dissocier de la préposition “de” (phonétiquement similaire au chiffre 2) puis notez dans une liste intitulée “1” tous les verbes qui utilisent la préposition “à” suivi d’un verbe à l’infinitif : commencer, arriver, s’engager, autoriser…

Je vous garantie des progrès drastiques dans votre maîtrise des prépositions en français !

3. Jeu set et match contre l’oubli

Le stockage est le deuxième processus de mémorisation et consiste en un dispositif actif de consolidation : il veille au maintien des infos apprises dans le temps. Bref, il lutte contre l’oubli. Comment ? En répétant automatiquement – sans qu’on en ait conscience – les informations jusqu’à ce qu’elles soient suffisamment ancrée dans la mémoire pour être retenue longtemps. Chouette. Sauf que ça ne suffit pas.

Hermann Ebbinghaus, psychologue allemand du 19ème siècle et père de la psychologie expérimentale a mis en évidence que la probabilité de se rappeler d’une information baisse très rapidement. Vraiment très rapidement. Elle baisse même suivant une courbe exponentielle inversée. Et cette courbe nous dit que si on ne répète pas ce que l’on vient d’apprendre, on va donc très vite l’oublier.
Plus concrètement, on oublierait 50% des informations dès le premier jour, puis 80% le jour qui suit, enfin, il ne nous resterait que de simples traces au bout d’une semaine…

Pour inverser la vapeur, la meilleure solution serait de prendre en compte cet inéluctable processus de l’oubli et de réviser de manière de plus en plus espacée – quelques heures après l’apprentissage, puis le lendemain (J+1), puis deux jours plus tard (J+3), quatre jours plus tard (J+7) etc.. Ces chiffres varient d’ailleurs légèrement d’un expert en sciences cognitives à l’autre, sans doute parce que chaque cerveau est unique. Mais vous avez compris le principe, non ?

La technique dite de répétition espacée se base donc sur la courbe de l’oubli, prend en compte le fonctionnement du cerveau pour retarder le processus d’oubli et mieux ancrer l’information. C’est tout le processus de contention qui s’en trouve optimisé ! Associée à la méthode des flashcards mise au point dans les années 70 par Sebastian Leitner, journaliste scientifique allemand, vous voilà parés contre l’oubli. Pour rappel, le principe des flashcards est très simple : vous disposez d’une information sur le recto et de l’information associée sur le verso. Plusieurs applications vous proposent des flashcards déjà faites, je vous conseille néanmoins de créer les vôtres – plus vous êtes engagés, plus vous mémorisez – avec des applications comme Anki ou Quizlet.
A Speak Up French, vous avez accès un set de flashcards personnalisés après chaque session de coaching individuel ou de groupe, le tout allié à un quizz ou divers jeux. De quoi rendre votre stockage “Premium” !

4. Se rappeler

La restitution, nommée aussi rappel, est la capacité à restituer une information. Elle est, avec la stabilité, caractéristique de la mémoire à long terme. Mais attention à ne pas confondre le rappel et le souvenir, ils sont bien différents : si vous pouvez vous souvenir de quelque chose sans le retrouver clairement, la restitution signifie, elle, que vous vous souvenez. En bref, le souvenir ne fait pas tout, le rappel, oui.

Quand on écoute, parle, lit ou écrit, on a besoin de pouvoir récupérer des informations précédemment mémorisées. On fait alors appel à des processus qui “extraient” l’information et la restitue. Ce processus est intrinsèquement lié à celui de l’encodage, c’est donc en réalisant un bon encodage qu’on s’assurera une bonne restitution : plus une information est bien organisée et structurée, plus il vous sera facile de la retrouver !

       Pauline

Récapitulatif :

– Stimulez votre mémoire émotionnelle en favorisant les expériences authentique

– Créez des associations inoubliables

– Privilégiez le focus et l’attention, évitez les distractions pendant vos temps d’étude

– Donnez du sens à ce que vous faites, rendez vos études très personnelles pour gagner en motivation. Amusez-vous !

Enfin, allez voir le film Au nom de la terre dès que vous en avez l’occasion et dites-moi ce que vous en avez pensé 🙂

Pour gagner en vocabulaire et optimiser votre apprentissage du français avec des techniques sur-mesure, je propose un coaching one-on-one incluant test de niveau, feuille de route, supervision, flashcards etc. C’est ici!

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