Quel que soit votre niveau – intermédiaire ou avancé – vous avez peut-être du mal, parfois, à vous faire comprendre lorsque vous parlez français avec des natifs. Votre prononciation n’est peut-être pas tout à fait claire sur des sons clés – par exemple le [ə] de “je”, le [e] de “été” et le [ɛ] de “j’ai”). Ou bien vous utilisez sans vous en rendre compte une structure de phrase très naturelle dans votre langue natale mais qui l’est beaucoup moins à l’oreille d’un francophone. Voire, parfois, vous pouvez cumuler ces 2 cas de figures. Tout est possible.

En quelques secondes la discussion que vous avez avec un serveur, un commerçant, une vendeuse, une nouvelle connaissance ou bien une collègue de travail prend alors un tour plutôt inconfortable. Votre interlocuteur semble perdu, incertain. Il s’arrête de parler avec vous. En fait, c’est comme si vous aviez tous deux perdu la connexion. Et vous ne savez pas vraiment quelle erreur vous avez faite ni comment poursuivre ou même reprendre cette conversation.

C’est précisément ce qui est arrivé à de mes étudiants, Paul, il y a quelques semaines. Un jour qu’il échangeait quelques mots avec un commerçant sur un marché local dans le sud de la France, il a soudain remarqué le changement de tête de son interlocuteur – qui s’est mis à froncer les sourcils et à incliner un peu la tête de côté (du type “quoi ? hein ?).  Le commerçant n’avait tout simplement pas bien compris, voire pas du tout compris ce qu’il avait dit, et n’avait pas voulu le gêner en le faisant répéter – ou bien il n’avait pas le temps, tout simplement ! 

Paul était super déçu. Il n’avait pas pu poursuivre sa conversation, s’était senti gêné. Il s’était écrié : “Mais je n’y arriverai jamais, Pauline, je ne serai jamais bilingue !” – dans un français plutôt excellent, d’ailleurs. Comme quoi, on ne peut pas être excellent tout le temps !

Apprendre une langue, c’est se créer de formidables opportunités dans nos vies sociales, culturelles, professionnelles, c’est aussi rencontrer des obstacles qui nous semblent, sur le moment, difficiles à dépasser. 

Vous voulez parler français. Vous connaissez le vocabulaire, vous connaissez la grammaire, les structures de phrase. Alors, où est le problème ? Votre mémoire ? Pas forcément.

Voici 3 astuces pour redéfinir votre stratégie d’apprentissage.

1. Musclez votre écoute active

Pour cela, vous devez écouter plus en détail les sons de la langue françaises de façon isolées ainsi que les locuteurs natifs, à vitesse normale ou réduite. 

Pourquoi ? Certains sons français n’existent tout simplement pas dans votre langue maternelle. Ou bien ils leur ressemblent vaguement,  tout en étant en fait très différents. Vous pensez donc les entendre correctement mais vous ne distinguez pas assez leurs nuances. En conséquence, les sons que vous produisez se rapprochent davantage des sons propres à votre langue natale – vous les connaissez par coeur – et s’éloignent des sons auxquels les français sont, eux, habitués. 

C’est subtil, c’est nuancé et cela demande quelques efforts – c’est à vous de savoir ce que vous voulez vraiment – mais ça marche. Ce travail de clarification de votre compréhension orale va incroyablement améliorer votre expression orale.

Audacity est un logiciel gratuit qui permet, en plus d’enregistrer, de jouer, d’importer et d’exporter des données audio, de visualiser les fréquences sonores et surtout de ralentir la lecture sans modifier l’intonation. 

Faites ce test : Tout d’abord, écoutez votre fichier audio sans transcript, arrêtez-vous dès que vous ne comprenez pas. Ecoutez à nouveau le passage, ralentissez la vitesse de lecture et analysez les sons plus en détails. Essayez de retranscrire ce que vous entendez. Comparez avec le transcript.

2. Imitez les locuteurs natifs

Lorsque vous vous exprimez en français, vous ne pouvez pas vous concentrer sur tous les aspects de la langue en même temps. Vous avez x années de pratique en français et vous avez aussi y années de pratique intensive dans votre langue natale [x < y], c’est mathématique] , voire dans plusieurs langues ! Vos schémas d’habitude reprennent rapidement le dessus. Et en cas d’urgence ou de panique, c’est à cette mémoire familière que vous allez faire appel, même sans le vouloir.

Bref, votre langue natale interfère constamment avec votre communication orale.  

Que faire ? Vous mettre au Shadowing Technic ou parroting, méthode mise au point par Alexander Arguelles et qui permet de reproduire et d’optimiser le processus d’imitation propre à tout mode d’apprentissage.

Munissez-vous d’un extrait audio ou vidéo (musique, podcast, série sur Netflix etc.), d’un transcript, et répétez ce que vous entendez de la manière la plus fidèle possible. De la même manière que lorsque vous imitiez les adultes présents autour de vous quand vous étiez plus jeune – voire beaucoup plus jeune – vous sollicitez ici le pouvoir de l’imitation, celui-là même qui vous a permis d’apprendre votre langue natale.

Cette technique vous permet de clarifier vos erreurs quant aux différences entre l’écrit et l’oral, d’intégrer les intonations propres au français et de vous exprimer avec plus de fluidité. Enfin, avec de la pratique, vous aurez cet accent typiquement français que vous recherchez, vous pourrez passer d’une langue à l’autre – c’est vous qui choisirez, ce ne sera pas elle qui vous choisira.

3. Faites des arts martiaux (ou du moins, inspirez vous en)

A l’instant T où vous ouvrez la bouche, vous avez déjà réfléchi à plein de choses pour construire des phrases correctes, vous stressez un peu parce que vous voulez répondre rapidement pour ne pas interrompre le rythme de la conversation.

Vous voulez bien faire, trop bien faire. Mais, honnêtement, lorsque vous appreniez à conduire, vous rouliez à 150 km/h en permanence ? Ici, la stratégie va être d’accepter de ralentir. Mais attention, je ne vous dis pas de ralentir lorsque vous parlez avec des natifs, je vous dis bien de ralentir lorsque vous vous entraînez. Exactement comme si vous pratiquiez des arts martiaux.

L’éloge de la lenteur nous vient, entre autre, de Kuroda Tetsuzan et de Yang Luchan, tous deux maîtres dans leur discipline respective que sont le sabre et le taiji. 

Vous avez déjà observé des gens faire du taiji ? Ils s’entraînent au ralenti pour mieux pouvoir exécuter ces mêmes mouvements en situation réelle, à vitesse réelle, voire amplifiée.

Prendre le temps favorise l’intégration, et donc la mémorisation.  Au ralenti, vous vous mettez également rarement en état de stress; bien au contraire, vous gagnez en confiance. Enfin, vous vous focalisez naturellement, sans effort : vous êtes présent à ce que vous faites et cette qualité de présence vous permet de “vivre” la langue française au lieu de chercher à tout prix à la “penser”.  Vos interactions en situation réelle n’en seront que plus correctes et spontanées !

Si vous passez à La Rochelle et qu’un stage d’immersion en français vous tente, faites-moi signe, je vous emmènerais, entre autre, à un cours de taiji, de Qi gong, de baguazhang. Fun & progression assurés.

Mais avant, voici ma vidéo préférée de TaiChi : le maître Wang Bo vit et enseigne en Chine. J’ai eu la chance de rencontrer sa fille, sa disciple direct, qui vit et enseigne à Paris. Les arts martiaux sont une source d’inspiration dans tous mes apprentissages.

Pauline

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